dimanche 28 juillet 2013

Extrait de Lecture "La Marque des Quatre"


Arthur Conan Doyle 

La Marque des Quatre, une aventure de Sherlock Holmes


Après être resté quelque temps à fumer en silence : « Eh bien, dis-je, tout à coup, voici le quatrième acte de notre drame terminé. Seulement je crains que ce ne soit la dernière affaire où il me soit permis d’étudier vos procédés. Miss Morstan m’a fait l’honneur de m’accorder sa main. »

Holmes fit entendre un grognement lugubre.
« C’était ce que je craignais, dit-il, je ne puis vraiment pas vous adresser de compliments. »

Ces paroles me froissèrent vivement.
« Avez-vous quelque raison pour désapprouver mon choix ? demandai-je.

— Pas la moindre. Je crois, au contraire, que c’est une des plus charmantes jeunes filles que j’aie jamais rencontrées et elle pourrait se rendre excessivement utile dans un travail comme celui auquel nous venons de nous livrer. C’est tout à fait là sa voie. Voyez comme elle a soigneusement conservé ce plan d’Agra, trouvé parmi les papiers de son père. Mais l’amour n’est qu’un sentiment et tout ce qui est sentiment se trouve en opposition directe avec la froide raison, la seule chose à mon avis qu’on doive considérer en ce monde. Pour mon compte, je ne me marierai jamais, à moins que je ne perde tout à fait la tête.

— J’espère, dis-je en riant, que la mienne saura résister à cette épreuve. Mais vous avez l’air bien fatigué.

— Oui, c’est la réaction qui se produit. Pendant une semaine au moins, je vais me sentir mou comme une chique.

— C’est étrange, dis-je, comme ce que j’appellerais chez un autre de la paresse peut chez vous alterner avec des accès d’activité et de vigueur incroyables.

— Oui, répondit-il, il y a en moi l’étoffe d’un parfait fainéant, en même temps que celle d’un gaillard très énergique. Je pense souvent à ces vers de Gœthe : "Il est dommage que la nature n’ait créé en toi qu’un seul homme, car il y avait l’étoffe d’un honnête homme et d’un scélérat. »

— Cette gloire me semble mince, remarquai-je. C’est vous qui avez tout fait dans cette affaire. Si, pour mon compte, j’y gagne une femme, si Jones en retire de l’honneur, que vous restera-t-il donc à vous, je vous prie ? 
— À moi, dit Sherlock Holmes, il me restera toujours ce flacon de cocaïne. »

Et il étendit sa longue main fine et blanche vers la bouteille.

Lien vers l'oeuvre : http://fr.wikisource.org/wiki/La_Marque_des_quatre
Et vers l'oeuvre lue avec brio (et l'accent anglais pour Sherlock Holmes !) par René Despasse : http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/conan-doyle-arthur-la-marque-des-quatre.html

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